Guy Thibault,
Ph.D., Secrétariat au loisir et au sport en collaboration avec
Côme Desrochers, M.Sc., entraîneur de l'équipe
de biathlon des Forces armées canadiennes
Une " tente hypoxique " (www.hypoxictent.com)
ressemble à une tente conventionnelle, sauf qu'elle est munie
d'un appareil qui appauvrit l'air en oxygène pour simuler une
altitude élevée (2000 à 4600 m). Plusieurs recherches
ont démontré qu'en vivant en altitude, mais en redescendant
chaque jour à basse altitude pour s'entraîner, les athlètes
d'endurance de tous les nivaux améliorent leur performance
davantage que ceux qui habitent au niveau de la mer. Cette amélioration
résulte surtout d'une augmentation de la sécrétion
de l'érythropoïétine (EPO), une hormone qui occasionne
une augmentation de la production de globules rouges et donc de l'hématocrite
(pourcentage du volume sanguin occupé par les globules rouges)
et de la consommation maximale d'oxygène (VO2max).
Mais dans sa revue de la littérature scientifique, le Dr Wilber,
du United States Olympic Committee, montre que si quelques études
ont révélé que le fait de vivre dans un appartement
hypoxique s'accompagne d'une augmentation de la concentration sanguine
en EPO, d'une plus grande production de globules rouges et d'une meilleure
performance, d'autres n'ont mené à aucune amélioration.
Un examen attentif et critique des (très peu nombreuses) études
sur l'exposition intermittente à l'hypoxie suggère qu'on
n'obtient des changements de l'hématocrite et de la performance
que si l'exposition est prolongée (au moins deux semaines)
et intensive (au moins 10 heures par jour, tous les jours). Et ces
changements sont plutôt petits. Les tentatives pour trouver
un protocole d'utilisation de la tente à raison de deux ou
trois nuits par semaine (plus pratique pour les groupes d'athlètes
qui doivent partager la tente) ne sont pas concluantes, ni du point
de vue des paramètres sanguins, ni de la performance.
Voici
ce que l'un de nous (C. D.) a observé après avoir soumis
des athlètes qui avaient un faible taux de globules rouges
à divers protocoles d'utilisation d'une tente hypoxique :
1- dans un cas (une biathlonienne), l'hématocrite est passé
de 39 à 45 % et la concentration de l'hémoglobine de
126 à 150 g/L;
2- cependant, cet effet bénéfique a plafonné
après environ trois semaines;
3- l'hypoxie nocturne est une source supplémentaire de stress
qui, manifestement, ne devrait pas être imposée en période
d'entraînement intensif;
4- les effets de l'utilisation de la tente hypoxique sur l'hématocrite
et sur la performance semblent être moins prononcés chez
les athlètes qui ont déjà un hématocrite
élevé;
5- la réponse physiologique au stress hypoxique étant
différente d'un athlète à l'autre, l'entraîneur
doit régulièrement ajuster la charge d'entraînement
de chaque athlète.
Les cyclistes qui veulent se procurer une tente hypoxique pour améliorer
leur performance doivent :
1- se questionner sur la valeur morale d'une telle pratique;
2- être conscients des problèmes logistiques qui y sont
rattachés (transport, espace requis, nécessité
de faire régulièrement des tests sanguins, impossibilité
de passer la nuit avec le conjoint);
3- s'en servir de préférence dans les périodes
les moins intenses du plan d'entraînement;
4- surveiller l'apparition de tout symptôme de surentraînement;
5- savoir qu'il y a risque de réduction de la qualité
de leur sommeil et de leurs séances d'entraînement; 6-
ne pas s'attendre à de grands changements de leur hématocrite,
de leur VO2max et de leur performance;
7- se tenir informés des développements de la connaissance
en cette matière.
Références
Desrochers C www.multisport.qc.ca/CNMM%20nouvelles%20pages/INFE%20Pub/Plan%20de%20match%20altitude%20-%20Come%20Desrochers.pdf
Hahn AG et CJ Gore The effect of altitude on cycling performance:
a challenge to traditional concepts, Sports Med, 2001.
Levine BD Intermittent hypoxic training: fact and fancy. High Alt
Med Biol., 2002.
Wilber RL, Current trends in altitude training. Sports Med., 2001
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