Selon un mythe qui perdure dans les milieux sportifs, dans le vaste continuum des intensités d’exercice, à mi-chemin entre le petit moulinage facile et les sprints les plus endiablés, il y aurait un seuil d’intensité qui marquerait le passage du métabolisme aérobie strict au métabolisme mixte aérobie et anaérobie. Ceux qui adhèrent à cette idée croient qu’à ce « seuil anaérobie », la production de lactate se met soudainement à augmenter, et que cela s’accompagne d’une difficulté soudainement accrue de tenir l’effort. Ils croient aussi que c’est précisément à l’intensité de pédalage correspondant à ce seuil que l’on effectue les courses contre la montre (cependant, ils ne semblent pas s’entendre sur la distance de la course en question, ce qui n’a rien de rassurant !)
Mais c’est faux, comme l’illustrent notamment les résultats d’une étude réalisée à l’Université de San Diego auprès de 13 membres de l’élite cycliste féminine des États-Unis en catégorie vétérans (entre 35 et 66 ans). Les auteurs ont comparé l’intensité à laquelle ces athlètes effectuaient les parcours de 13,5 et 20 kilomètres avec celle qui caractérisait leur soi-disant seuil anaérobie. En course, ces championnes grimpaient beaucoup plus haut que ne l’aurait prédit l’évaluation du seuil lors du test progressif. Sur le 13,5 km, la concentration d’acide lactique dans le plasma sanguin était en moyenne de 8,3 mmol/L, soit deux fois plus élevée que celle qui sert généralement pour évaluer le « seuil anaérobie » en laboratoire, c’est-à-dire 4,0 mmol/L !
FC (bpm) Lactate (mmol/L)
Repos 0,43 à 2,31
« Seuil anaérobie » (production de lactate > élimination) 137 à 174 2,69 à 3,03
« Seuil anaérobie » (concentration plasmatique = 4,0 mmol/L) 150 à 179 4,0 (par définition)
Contre-la-montre de 20 km 156 à 183 6,53 à 7,45
Contre-la-montre de 13,5 km 157 à 182 7,53 à 9,11
Max (fin du test progressif) 166 à 195 8,3 à 14,2
Réf : Nichols JF et coll. (1997) Relation between blood lactate response to exercise and endurance performance in competitive female master cyclistsInt J Sports Med 18:458‑63, 1997.